Ispahan, c’est la moitié du monde
(“Esfahan nesf-e djahan”)
A l’évidence, l’auteur de ce jeu de mots savait de quoi il parlait. Située au beau milieu du vaste désert iranien, la cité est incontestablement l’un des fleurons de l’islam persan : c’est une véritable symphonie architecturale née de la fusion de ce que les traditions esthétiques islamique et perse ont de meilleur.
Ispahan se trouve au pied de la chaîne des monts Zagros, à 400 kilomètres au sud de Téhéran. Bâtie sur les rives du Zayandeh Roud, la troisième plus grande ville d’Iran apparaît il y a deux mille sept cents ans, lorsqu’une colonie juive s’installe dans la région. Au milieu du VIIe siècle, les Arabes en font leur capitale provinciale, puis Ispahan devient au XIe siècle la capitale des Seldjoukides, un peuple d’origine turque. Tamerlan, souverain venu d’Asie centrale, s’empare de la cité en 1388 et la met à sac, mais son règne laissera également l’architecture d’Ispahan fortement marquée par l’influence mongole.
C’est au XVIIe siècle que la ville connaît son âge d’or : le chah Abbas le Grand, souverain safavide, délaisse sa capitale, Qazvin, pour bâtir à Ispahan une cité d’une beauté et d’une somptuosité inégalées. De fait, l’architecture islamique atteint des sommets d’extravagance dans les nombreux minarets, mosquées et madrasas [écoles coraniques] qui parsèment la ville. Ispahan est, à l’instar de Rome ou de Saint-Pétersbourg, un gigantesque musée et elle doit la plupart de ses monuments aux Safavides.